L'histoire de la bâtisse et la création de la coopérative

Le Château de Corcelles-sur-Chavornay n’est ni un château fort, ni un manoir, mais un
assemblage de plusieurs maisons construites et transformées au cours des siècles.
Il a été bâti par étapes successives à partir de la fin du XVIe siècle, autour d’une maison
plus ancienne.
En 1644, César de Lentulus rachète le Château et lui donne un statut officiel. Il y exerce
le pouvoir judiciaire. César Lentulus est issu d’une famille patricienne bernoise, à laquelle
on a attribué une ascendance romaine alors que le nom d’origine était certainement
Linser, latinisé en Lentulus. Si on ne devait retenir qu’un seul des seigneurs de Corcelles,
ce serait bien lui.
En effet, les membres de sa famille était très appréciés des villageois qui leur
demandaient souvent de devenir parrain ou marraine de leurs enfants. La tradition
voulant que le filleul porte le même prénom que son parrain, on ne compte plus les César
ou Scipion dans le village à cette époque.
Le Château change à plusieurs reprises de propriétaire. Il redevient une simple maison
rurale, à la fin de l’occupation bernoise, occupée par diverses familles bourgeoises.
A la fin du XIXe siècle, les Tschantz, riche famille de médecins, rachètent le Château
pour y instaurer une maison de santé pour troubles mentaux. Auguste Tschantz et ses
descendants vont agrandir les bâtiments et y ajouter une nouvelle aile.

En 1954, le Château se transforme en Société Anonyme. L’établissement est présenté
comme clinique pour maladies nerveuses et mentales.
En 1963, le Château devient un «Hôtel-Pension» proposé pour des cures de repos ou de
convalescence. Puis, en 1965, un internat pour jeunes étrangers.
Mais les affaires vont mal et la société anonyme a de plus en plus de mal à trouver une
affectation durable à ce bâtiment. La plupart du temps le château est inoccupé et se
dégrade. En 1974, le château abrite momentanément l’équipe du film d’Alain Tanner «Le milieu du
monde», puis de même en 1979, l’équipe du film d’Yves Yersin «Les petites fugues».
Finalement en 1980, le domaine est racheté par un groupe de 15 familles motivées pour
le transformer en Coopérative d’Habitation.

Le milieu du monde, film d'Alain Tanner

Les petites fugues, film d'Alain Tanner
LA CRÉATION DE LA COOPÉRATVE
Le 4 mai 1980 se tient l’Assemblée Générale Constitutive de la Coopérative d’Habitation
Vie Alternative “CODHAVA”.
Le premier procès-verbal entérine la décision de l’Assemblée, prise à l’unanimité,
d’acheter la parcelle n°4 de la Commune de Corcelles-sur-Chavornay, d’une surface de
19’594 m2, au prix de SFr. 1’400’000.– A cette occasion, les statuts qui régissent la coopérative furent également adoptés.
L’achat, signé le 22 mai 1980, était l’aboutissement de longues gestations, mutations et
rencontres. Il fut fêté le soir même au Château, dans le parc, espace redevenu à l’état
sauvage, sous une pluie battante et qui dura pratiquement toute l’année!

La cour du Château en 1980

Juin 1980, lors de la célébration avec le village de l'acquisition du Château

Dès lors, la ruche se mit fermement à bourdonner.
D’un bout à l’autre de la maison et de la propriété, tout était en transformation.
Chaque appartement était à créer, les chantiers communs battaient leur plein: toits,
cages d’escaliers, sanitaires, chauffage, électricité, isolation, sans parler du débarras des
mutiples objets encombrant tous les recoins de la maison, laissée à l’abandon.
Et sans parler non plus des surprises dans le défrichage du domaine extérieur,
découvrant sous une colline de ronces enchevêtrées, les couches en béton du jardin
potager à cultiver.
Chaque membre ou chaque famille, au gré de ses propres travaux, étaient logés tant
bien que mal. Chacun, dans ce nouvel habitat projetait ses rêves créatifs pour
essayer de donner vie aux parties communes du bâtiment. Les projets étaient vastes et
divers, le temps rare et bien occupé, les finances maigres. Il s’agissait alors pour chacun-
e de stabiliser financièrement son propre projet.
Cela n’a pas été sans décharges émotionnelles et recherche de compréhension pour
équilibrer les visées rêvées avec la réalité du moment. Sans arrêt il était nécessaire
d’entreprendre de gros travaux urgents. Comme il s’agissait aussi d’économiser au
maximum, les efforts n’étaient pas toujours récompensés en bénéfices temps, énergie, et
efficacité. Néamoins financièrement, le défit de tenir le coup fut relevé.
Il va de soi, que lors de l’achat du Château par la Codhava, les banques et les
observateurs du village ne prenaient pas trop au sérieux cette bande d’idéalistes et
s’attendaient, à plus ou moins brève échéance, à la fin de cette aventure.
Cependant, en voyant la masse de travail abattu par l’équipe au fil des mois, les regards
et avis changèrent petit à petit. De nombreuses fêtes, concerts, groupes d’activités
diverses amenèrent beaucoup de monde à se croiser dans les murs du Château et à
apprécier la progression du projet.
Parallèlement, se créaient entre les personnes des liens de solidarité, qui durent toujours,
que ce soit en ce qui concerne les enfants, les repas communs, certaines activités ou les
nouveaux travaux entrepris au fil du temps, dans une nouvelle étape de transformations,
nécessaires ou souhaitées.
Aujourd’hui les chantiers continuent, pour entretenir le domaine et la maison. En lien
avec les préoccupations actuelles, ils sont d’une autre qualité : plus individualisés pour
certains et pour d'autres, à visée collective. Ils continuent d'être le reflet de l’habitant-e,
ainsi que du groupe en constante transformation lui aussi,. La maison vit et pulse entre
résistances et poussées de vitalité, à chaque période encore différemment!